Christophe de Ponfilly parle de Massoud

« Christophe était un blessé de la vie, en révolte constante contre les infamies du monde. Pour exister sereinement, il lui aurait fallu une planète idéale et il la cherchait partout en vain, sur les cinq continents et dans toutes les sociétés. Sa caméra était sa lance de Don Quichotte contre les moulins à vent de l’injustice et du malheur ; il la maniait inlassablement dans toutes les plaies qu’il dénichait à sa porte ou au bout de la terre, et quand il en avait refermé une, il en débusquait aussitôt une autre. C’était sa quête. Intensément.

Comme homme de télévision, il ne ressemblait à aucun de ses confrères, ni par les motivations, ni par la manière de travailler. Il prenait le temps nécessaire à tout, c’était sa plus grande richesse, le luxe qu’il s’octroyait dans un univers où la pression du temps devenait progressivement une tyrannie contre laquelle peu résistaient. Alors, il était toujours à couteaux tirés avec les chaînes qui comprenaient mal un tel journalisme – qu’un tel journalisme inquiétait même… Il était tellement hors norme, Ponfilly ! Si intemporel, si décalé, si jalousé souvent. Comme nous tous, il refusait d’appartenir au système, se tenant juste en lisière et, comme nous tous, il payait le prix de cette indépendance. Mais avec ses films, il inventait un style et un ton qui font aujourd’hui référence dans beaucoup d’écoles de journalisme. »

Patrice Franceschi
Avant la dernière ligne droite

« Christophe était un blessé de la vie, en révolte constante contre les infamies du monde. Pour exister sereinement, il lui aurait fallu une planète idéale et il la cherchait partout en vain, sur les cinq continents et dans toutes les sociétés. Sa caméra était sa lance de Don Quichotte contre les moulins à vent de l’injustice et du malheur ; il la maniait inlassablement dans toutes les plaies qu’il dénichait à sa porte ou au bout de la terre, et quand il en avait refermé une, il en débusquait aussitôt une autre. C’était sa quête. Intensément.

Comme homme de télévision, il ne ressemblait à aucun de ses confrères, ni par les motivations, ni par la manière de travailler. Il prenait le temps nécessaire à tout, c’était sa plus grande richesse, le luxe qu’il s’octroyait dans un univers où la pression du temps devenait progressivement une tyrannie contre laquelle peu résistaient. Alors, il était toujours à couteaux tirés avec les chaînes qui comprenaient mal un tel journalisme – qu’un tel journalisme inquiétait même… Il était tellement hors norme, Ponfilly ! Si intemporel, si décalé, si jalousé souvent. Comme nous tous, il refusait d’appartenir au système, se tenant juste en lisière et, comme nous tous, il payait le prix de cette indépendance. Mais avec ses films, il inventait un style et un ton qui font aujourd’hui référence dans beaucoup d’écoles de journalisme. »

Patrice Franceschi
Avant la dernière ligne droite

« S’il y a des jeunes qui, peut-être par provocation, par frustration, expriment une violence en prenant Ben Laden comme héros, comme modèle, c’est souvent qu’ils sont ignorants de l’existence de Massoud. »

Plus de 15 ans après la sortie de Massoud l’Afghan, la violence dont parlait Christophe de Ponfilly lorsqu’il s’exprimait à nouveau sur son film, suite à l’assassinat de Ahmad Shah Massoud, est toujours plus à l’oeuvre. Des marchés de Bagdad aux terrasses des cafés parisiens, les morts sont toujours plus nombreux.
Plus nombreux aussi sont les ignorants.
Ignorants de l’histoire de ce musulman au courage et à la dignité fantastique, de cet espoir d’apporter la paix en Afghanistan. D’apporter, pourrait-on dire aujourd’hui, au vu de la mondialisation des conflits, la paix au monde.
Au lendemain des attentats du 9/9 et du 11/9, Christophe de Ponfilly alertait sur les conséquences à venir dramatiques du traitement par les médias de l’information relative au terrorisme, et de la puissance qu’ils conféraient à Ben Laden en lui consacrant autant d’antenne, banalisant sont discours et le rendant accessible plus qu’aucun autre, ce faisant relais de sa parole en diffusant ses vidéos de propagande, tout ça pour gagner la course à l’audience.
« On fait la publicité d’un homme qui veut nous détruire », disait Christophe de Ponfilly.
Et la publicité, ça marche bien, Palmyre n’existe plus.

Il fait nuit
Nos regards ont les yeux de ceux qui attendent

Quel.le jeune aujourd’hui parti.e vers une guerre sainte et malsaine a vu ces images de Massoud récitant à ses hommes les vers d’un jeune poète afghan ?

Dans la nuit les étoiles scintillent ça et là

Qui, en 15 ans de lutte contre ce terrorisme, a donné la parole à celles et ceux qui, dans le respect de la République, vivent leur religion au plus près de la poésie et de la raison et combattent pour la liberté de tous?

Trempé des larmes de peine et de souffrances
Mon lit se trouve comme posé sur des flammes

Qui prétend encore aujourd’hui émanciper les peuples, les croyantes et les croyants par des voies choisies à leur place ? Pourquoi n’ont ils pas écouté, depuis la hauteur des institutions politiques et médiatiques, la voix de celles et de ceux qui parlent de leur cause en leur propre nom, et dont le but est de vivre libres, et en paix ?

Un rien devient perle s’il atteint le courant de ma volonté
A l’image du jardin à l’approche du printemps

De Moleenbek à Tunis, de Labastide Rouairoux à Istanbul, de Lunel à Sydney, combien sont parti.e.s sur la voie de l’erreur et du désastre, de la guerre et de l’effacement de l’histoire, croyant en la justesse d’une cause embrassée sans pensée critique, puisqu’un seul visage leur en a été montré ?

« Un rien insignifiant. Une goutte de pluie qui n’était rien, quand elle tombe sur la perle, la goutte devient perle. C’est pareil pour le courage. Mon courage est une perle, un rien rejoint mon courage et devient perle ».

Ce sont les mots de Massoud à ses hommes à propos de ce poème écrit en 1997 dans Le Messager, le journal du Panshir, et filmés par Christophe de Ponfilly alors que les moudjahidins luttent contre les talibans.
Moudjahidins, ceux qui décapitèrent le prêtre de Saint-Etienne-du-Rouvray pensaient l’être aussi.

A l’heure où la simple vue d’un pacol, d’une barbe et d’une kalachnikov suffit à construire une image ennemie, où l’on veut nous faire croire que celui qui prie le front collé au sol est un ennemi, les films et les livres de Christophe de Ponfilly sont autant de fenêtres d’où l’on peut tomber, aussi insignifiant soit-on, sur le courage des autres, et être courageux.se. A notre tour, devenir perle.
Etre courageux.se, face à l’opression des minoritées, seule réponse donnée à ces frères, ces sœurs et ami.e.s qui partent, qui tuent et qui meurent.

Du juge Thiel à Monsieur le rabbin, des femmes du Tadjikistan à l’ombre blanche qu’il fut pour les Papous du Pacifique, des jeunes engagés dans la marine française aux vétérans soviétiques de la guerre d’Afganistan, Christophe de Ponfilly n’a cessé de laisser la beauté des femmes et des hommes couler librement dans son travail.
De laisser le champ de la parole libre à celles et ceux dont il raconte l’histoire, qu’il accompagne par ses mots forts, clairs et sensibles pour la porter jusqu’à nous.

Christophe de Ponfilly a quitté la vie il y a dix ans et, comme il le disait en introduction de Massoud l’Afghan, à propos de l’Afghanistan ce pays en guerre qu’il aura fimé jusqu’au bout, tout le monde s’en fout. Ou presque.

Simon Johannin

« S’il y a des jeunes qui, peut-être par provocation, par frustration, expriment une violence en prenant Ben Laden comme héros, comme modèle, c’est souvent qu’ils sont ignorants de l’existence de Massoud. »

Plus de 15 ans après la sortie de Massoud l’Afghan, la violence dont parlait Christophe de Ponfilly lorsqu’il s’exprimait à nouveau sur son film, suite à l’assassinat de Ahmad Shah Massoud, est toujours plus à l’oeuvre. Des marchés de Bagdad aux terrasses des cafés parisiens, les morts sont toujours plus nombreux.
Plus nombreux aussi sont les ignorants.
Ignorants de l’histoire de ce musulman au courage et à la dignité fantastique, de cet espoir d’apporter la paix en Afghanistan. D’apporter, pourrait-on dire aujourd’hui, au vu de la mondialisation des conflits, la paix au monde.
Au lendemain des attentats du 9/9 et du 11/9, Christophe de Ponfilly alertait sur les conséquences à venir dramatiques du traitement par les médias de l’information relative au terrorisme, et de la puissance qu’ils conféraient à Ben Laden en lui consacrant autant d’antenne, banalisant sont discours et le rendant accessible plus qu’aucun autre, ce faisant relais de sa parole en diffusant ses vidéos de propagande, tout ça pour gagner la course à l’audience.
« On fait la publicité d’un homme qui veut nous détruire », disait Christophe de Ponfilly.
Et la publicité, ça marche bien, Palmyre n’existe plus.

Il fait nuit
Nos regards ont les yeux de ceux qui attendent

Quel.le jeune aujourd’hui parti.e vers une guerre sainte et malsaine a vu ces images de Massoud récitant à ses hommes les vers d’un jeune poète afghan ?

Dans la nuit les étoiles scintillent ça et là

Qui, en 15 ans de lutte contre ce terrorisme, a donné la parole à celles et ceux qui, dans le respect de la République, vivent leur religion au plus près de la poésie et de la raison et combattent pour la liberté de tous?

Trempé des larmes de peine et de souffrances
Mon lit se trouve comme posé sur des flammes

Qui prétend encore aujourd’hui émanciper les peuples, les croyantes et les croyants par des voies choisies à leur place ? Pourquoi n’ont ils pas écouté, depuis la hauteur des institutions politiques et médiatiques, la voix de celles et de ceux qui parlent de leur cause en leur propre nom, et dont le but est de vivre libres, et en paix ?

Un rien devient perle s’il atteint le courant de ma volonté
A l’image du jardin à l’approche du printemps

De Moleenbek à Tunis, de Labastide Rouairoux à Istanbul, de Lunel à Sydney, combien sont parti.e.s sur la voie de l’erreur et du désastre, de la guerre et de l’effacement de l’histoire, croyant en la justesse d’une cause embrassée sans pensée critique, puisqu’un seul visage leur en a été montré ?

« Un rien insignifiant. Une goutte de pluie qui n’était rien, quand elle tombe sur la perle, la goutte devient perle. C’est pareil pour le courage. Mon courage est une perle, un rien rejoint mon courage et devient perle ».

Ce sont les mots de Massoud à ses hommes à propos de ce poème écrit en 1997 dans Le Messager, le journal du Panshir, et filmés par Christophe de Ponfilly alors que les moudjahidins luttent contre les talibans.
Moudjahidins, ceux qui décapitèrent le prêtre de Saint-Etienne-du-Rouvray pensaient l’être aussi.

A l’heure où la simple vue d’un pacol, d’une barbe et d’une kalachnikov suffit à construire une image ennemie, où l’on veut nous faire croire que celui qui prie le front collé au sol est un ennemi, les films et les livres de Christophe de Ponfilly sont autant de fenêtres d’où l’on peut tomber, aussi insignifiant soit-on, sur le courage des autres, et être courageux.se. A notre tour, devenir perle.
Etre courageux.se, face à l’opression des minoritées, seule réponse donnée à ces frères, ces sœurs et ami.e.s qui partent, qui tuent et qui meurent.

Du juge Thiel à Monsieur le rabbin, des femmes du Tadjikistan à l’ombre blanche qu’il fut pour les Papous du Pacifique, des jeunes engagés dans la marine française aux vétérans soviétiques de la guerre d’Afganistan, Christophe de Ponfilly n’a cessé de laisser la beauté des femmes et des hommes couler librement dans son travail.
De laisser le champ de la parole libre à celles et ceux dont il raconte l’histoire, qu’il accompagne par ses mots forts, clairs et sensibles pour la porter jusqu’à nous.

Christophe de Ponfilly a quitté la vie il y a dix ans et, comme il le disait en introduction de Massoud l’Afghan, à propos de l’Afghanistan ce pays en guerre qu’il aura fimé jusqu’au bout, tout le monde s’en fout. Ou presque.

Simon Johannin
Auteur de L’été des charognes, édition Allia

 

Christophe de Ponfilly n’est plus de ce monde. Et le monde a perdu un grand journaliste, un homme de télévision et d’écriture. Le grand-reporter-cinéaste ne sera plus là demain pour donner du sens aux images dont la profusion – disait-il – nous donne le vertige. Maintes fois primé à travers le monde et Prix Albert Londres en 1985 pour son documentaire Massoud l’Afghan, Christophe n’avait cessé de nous alerter sur les dérives qui menacent notre existence de téléspectateur, de citoyen.
Dans la préface de ta Lettre ouverte à Joseph Kessel, dont tu as été toute ta vie un des plus fidèles héritiers, tu posais la pertinente question : « Lorsque les vivants deviennent sourds faut-il se taire ? Y- a-t-il un sens à parler dans le désert du silence des autres ? » Tu avais raison, Christophe, de nous maintenir en état de vigilance permanente.
Tu nous lègues le noble devoir, qui nous grandit, de faire résonner l’écho de tes propos tout empreints de cruelle lucidité sur la condition humaine, en même temps de grande tendresse pour les hommes – depuis la vallée du Panshir jusqu’aux tréfonds d’un monde de paillettes et de marketing.
Tu avais « trouvé toutes tes histoires avec tes pieds », disais-tu, avec pour compagnons de route Jérôme Bony, Laurent Maréchaux et Frédéric Laffont ton complice et associé d’Interscoop, votre maison de production. Mais c’est toujours avec le cœur et la passion chevillée au corps que tu t’exprimais.
Nous parlerons désormais pour faire de L’Etoile du soldat, ton dernier film et ta première fiction, le succès qui sera l’ultime hommage que nous te devons. Adieu l’ami, notre estime résistera au temps comme ton exemple.

Alain Mingam
Grand reporter,
lauréat du World Press pour son reportage sur l’exécution d’un traître en Afghanistan pendant la guerre contre l’armée soviétique,
membre du CA et du bureau exécutif de Reporters sans frontières.

Christophe de Ponfilly n’est plus de ce monde. Et le monde a perdu un grand journaliste, un homme de télévision et d’écriture. Le grand-reporter-cinéaste ne sera plus là demain pour donner du sens aux images dont la profusion – disait-il – nous donne le vertige. Maintes fois primé à travers le monde et Prix Albert Londres en 1985 pour son documentaire Massoud l’Afghan, Christophe n’avait cessé de nous alerter sur les dérives qui menacent notre existence de téléspectateur, de citoyen.
Dans la préface de ta Lettre ouverte à Joseph Kessel, dont tu as été toute ta vie un des plus fidèles héritiers, tu posais la pertinente question : « Lorsque les vivants deviennent sourds faut-il se taire ? Y- a-t-il un sens à parler dans le désert du silence des autres ? » Tu avais raison, Christophe, de nous maintenir en état de vigilance permanente.
Tu nous lègues le noble devoir, qui nous grandit, de faire résonner l’écho de tes propos tout empreints de cruelle lucidité sur la condition humaine, en même temps de grande tendresse pour les hommes – depuis la vallée du Panshir jusqu’aux tréfonds d’un monde de paillettes et de marketing.
Tu avais « trouvé toutes tes histoires avec tes pieds », disais-tu, avec pour compagnons de route Jérôme Bony, Laurent Maréchaux et Frédéric Laffont ton complice et associé d’Interscoop, votre maison de production. Mais c’est toujours avec le cœur et la passion chevillée au corps que tu t’exprimais.
Nous parlerons désormais pour faire de L’Etoile du soldat, ton dernier film et ta première fiction, le succès qui sera l’ultime hommage que nous te devons. Adieu l’ami, notre estime résistera au temps comme ton exemple.

Alain Mingam
Grand reporter,
lauréat du World Press pour son reportage sur l’exécution d’un traître en Afghanistan pendant la guerre contre l’armée soviétique,
membre du CA et du bureau exécutif de Reporters sans frontières.